Coach & Leadership : les types de cohésion

Cette série d’articles s’éloigne un petit peu de la thématique centrale du site qu’est le gardien de but de Handball, mais le contenu propose plusieurs outils intéressants pour l’encadrement, qu’il s’agisse d’un joueur ou d’une équipe. Il s’agit d’une présentation de plusieurs concepts scientifiques fondamentaux pour le management d’une équipe sportive, issus donc d’articles scientifiques, majoritairement rédigés en Anglais. J’insérerai les références ainsi que l’accès direct à l’article s’ils sont en libre accès sur Internet.

Si on se mettait autour d’une table et qu’on marquait sur un tableau tout ce qui nous passe par la tête quand on entend le mot « leadership », on arriverait probablement à un résultat similaire à celui-ci, bourré de noms et de verbes qui partiraient dans tous les sens, et on pourrait discuter des heures et des heures avec grand intérêt des liens qu’il pourrait y avoir entre plusieurs de ces notions.

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Cette série d’articles vise à articuler certains de ces termes, couramment employés dans le monde sportif, en s’appuyant sur des travaux scientifiques qui ont façonné les conceptions actuelles de l’intervention, du management, de la communication dans le domaine du sport. La présentation ici faite n’est absolument pas à prendre pour une vérité unique. Le but est simplement de faire un lien entre ce que nous pouvons rencontrer tous les jours, que ce soit dans notre club, au travail, voire même dans notre foyer, et de le caractériser précisément grâce à des cadres scientifiques, pour élargir notre réflexion sur plusieurs points.

 

Allons-y pour le deuxième thème de cette série d’articles sur le leadership du coach au handball : Les types de cohésion

Qu’est-ce que la cohésion ? Quelles cohésions existe-t-il ? Comment observe-t-on la cohésion au sein d’une équipe ?

« Ils sont soudés », « Tout le monde s’entend bien », « Il n’y a pas de cohésion », « Elles sont en stage de cohésion », « Ils ne jouent pas ensemble », « Elles font des soirées ensemble », « Le groupe a un bon état d’esprit », « Ils savent se tirer vers le haut »… Ce sont des commentaires qu’on peut entendre dans les tribunes, des informations qu’on peut avoir en discutant avec le staff ou des proches de membres d’équipe, ou encore qu’on peut parfois lire dans la presse.

On peut sentir dans ces exemples qu’on parle de cohésion, mais pas toujours du même type de cohésion. Il y aurait une cohésion plutôt visible sur le terrain, avec un jeu qui fonctionne bien, où tout le monde sait et fait ce qu’il a à faire, et une cohésion en dehors du terrain, où les joueurs se découvrent des affinités, les renforcent, partagent des moments conviviaux.

Le scientifique Carron a beaucoup étudié la cohésion dans le milieu sportif. En 1982, il la définit comme « un processus dynamique se traduisant par la tendance d’un groupe à se tenir ensemble et à rester uni dans la poursuite de ses buts et objectifs ». Les deux types de cohésion que l’on peut distinguer intuitivement apparaissent dans cette définition : « se tenir ensemble » (cohésion hors terrain), « rester uni dans la poursuite de ses buts et objectifs » (cohésion sur terrain).

Certains scientifiques ont étudié la cohésion (en sport mais dans d’autres domaines professionnels également) avec des approches différentes. Actuellement, on s’accorde à considérer que la cohésion possède les deux dimensions que l’on peut intuitivement identifier. On étudie donc la cohésion dite « sociale » (bonne ambiance entre les membres, affinités) et/ou la cohésion dite « opératoire » (accords dans la poursuite des objectifs de l’équipe).

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1) Le modèle de Carron en détails

J’ai choisi de présenter un seul modèle théorique de la cohésion, celui de Carron, ci-dessous schématisé, parce qu’il permet d’aborder la cohésion sous deux dimensions, et parce que c’est peut-être le modèle théorique le plus utilisé pour étudier la cohésion en sport. Carron a développé un questionnaire, le Questionnaire Environment Group pour mesurer les différentes dimensions, et ce questionnaire a été traduit en Français par Heuzé et Fontayne en 2002, et validé. Il s’appelle donc le Questionnaire d’Ambiance de Groupe.

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  • 1ère dimension : orientation sociale ou opératoire de la motivation

Comme nous l’avons précédemment abordé et expliqué, la cohésion sociale renvoie à tout ce qui concerne les affinités au sein du groupe (hors terrain), et la cohésion opératoire concerne l’atteinte collective des performances (sur terrain).

  • 2ème dimension : attraction et intégration

– L’attraction individuelle représente ce pourquoi un individu souhaite appartenir à un groupe. Cela peut être d’ordre social (bonne ambiance, amis présents dans le groupe…) ou opératoire (intérêt pour les objectifs fixés pour la saison future, intérêt pour le niveau de jeu de l’équipe…).
– L’intégration au groupe correspond aux raisons qui font qu’un individu appartient à son groupe. Ces raisons peuvent être les mêmes que celles présentées en exemple dans le paragraphe ci-dessus.

Un individu peut dire « Ce que j’aime dans ce groupe, c’est leur combativité ». Cette phrase peut être classée dans les deux catégories présentées. Cependant, si on sait quel est le groupe dont l’individu parle (le sien ou un autre), alors on peut avancer qu’il est attiré par un groupe auquel il n’appartient pas, ou bien intégré dans son propre groupe dont il vante un atout.

2) Lien avec les styles de leader

Le premier article rédigé dans cette série portait sur les styles de leader. Nous avions notamment abordé deux styles à partir de la théorie de Weiner et Gould (2003) : le leader démocratique, et le leader autocratique.

Au regard des types de cohésion que nous avons ici distingués, on peut se poser certaines questions quant à la relation « type de cohésion/style de leader » et l’influence de l’un sur l’autre.
Leader autocratique + cohésion sociale élevée = ?
Leader démocratique + cohésion opératoire élevée = ?

Références :

 Carron, A. V. (1982). Cohesiveness in Sport Groups: Interpretations and Considerations. Journal of Sport psychology4(2), 123-138.

Carron, A. V., Colman, M. M., Wheeler, J., & Stevens, D. (2002). Cohesion and performance in sport: A meta analysis. Journal of Sport and Exercise Psychology24(2), 168-188.

Buton, F., Fontayne, P., & Heuzé, J. P. (2006). La cohésion des groupes sportifs: évolutions conceptuelles, mesures et relations avec la performance. Science & Motricité59, 9-45.

Pour aller plus loin…

les travaux de K. Fransen sur le leadership en sport.

Buton, F., Fontayne, P., & Heuzé, J. P. (2006). La cohésion des groupes sportifs: évolutions conceptuelles, mesures et relations avec la performance. Science & Motricité59, 9-45.

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