Lecture du jeu : Planification d’entraînement du gardien de Handball

A la demande d’un entraîneur, j’ai construit la planification à l’année présentée ci-dessous, focalisée sur l’apprentissage à la lecture de jeu. Dans la mesure où l’apprentissage à la prise d’information et de décision est encore peu ancré dans les fondamentaux de la formation actuelle des gardiens de but de handball, cette planification peut être suivie par tout gardien de but, qu’importe son âge et son expérience.

 

Laura Glauser, gardienne actuelle de l’équipe de France, dit elle-même que ce n’est qu’en 2015-2016 seulement qu’elle a commencé à apprendre à lire le jeu des tireuses adverses : « J’ai progressé par rapport à l’année dernière par rapport à la lecture du jeu. On m’a appris à lire le jeu parce qu’avant c’était un peu à sauter un peu partout dans le but. On m’a appris à lire la course des filles, comment elles tiraient, quand une fait ça que c’est pas possible qu’elle tire autrement, des choses comme ça. Avant c’était instinctif, j’allais au dernier moment là où la balle était, comme un vrai zébulon. Maintenant c’est plus précis, plus réfléchi, je sais ce que je fais, je sais que si elle fait comme ça, ça peut être comme ça ensuite.. Vous avez tellement de petits détails qui font qu’elle ne peut tirer que là, tellement de petits trucs à regarder que ça vous donne énormément de renseignements par rapport au tir. » (pour l’interview complet, cliquer ici)

Voici donc un exemple de planification de cet apprentissage.

Capture d’écran 2016-09-02 à 12.38.25

Afin de mieux comprendre l’intérieur des cases de cette planification, voici quelques explications :

 

  • ID = Identification du Danger
         L’objectif pour le gardien de but est de parvenir à identifier le(s) joueur(s) le(s) plus dangereux au cours de la circulation de balle. On part du principe que le porteur de balle est toujours le plus dangereux des joueurs. Cependant, si le gardien de but simule mentalement l’évolution possible de l’action, il peut découvrir qui parmi les autres joueurs peut être très dangereux également. Par exemple, un arrière porteur de balle est, à l’instant T, le plus dangereux. Cependant, s’il a 2 défenseurs sur lui, il ne pourra pas trouver une situation favorable de tir à lui seul. Il va donc devoir libérer sa balle, peut-être sur le pivot qui est en gain de position sur un autre défenseur (ici on simule mentalement l’instant t+1). Par conséquent, le gardien de but identifie que le premier danger est sur l’arrière porteur de balle, mais que le pivot à l’instant T peut être tout aussi dangereux même s’il n’a pas encore le ballon.
    L’identification du danger est donc relatif à la situation dans son ensemble. Le gardien de but peut ainsi travailler la compréhension de la situation à l’instant t, et également sa capacité à simuler mentalement l’évolution que la situation peut prendre (instant t+1).
  • Placement G = Placement Général
         Par placement « général », on entend le placement par rapport au tireur. Le gardien de but doit chercher à se placer de sorte à pouvoir intervenir aussi facilement à droite qu’à gauche (pas de parade de type Superman possible).
  • IC = Identification du Côté
         Ici le gardien de but cherche à savoir si le tireur va tirer à sa droite ou à sa gauche. Le côté probable est identifiable par l’orientation de la course et de la suspension du tireur, et plus précisément, par l’orientation de son bras (pour en savoir plus, cliquer ici).
  • Placement C = Placement Côté
    Puisque le gardien de but affine sa lecture du duel, il peut prendre un petit risque, celui de se placer un peu plus du côté où le tir a le plus de probabilités d’aboutir.
  • IP = Identification Précise
    Le gardien de but affine davantage sa lecture du duel. Une fois qu’il a identifié le côté le plus probable du tir, il va chercher des indices encore plus fins pour identifier l’endroit précis recherché par le tireur. Par exemple, le placement haut, mi-hauteur, bas du bras tireur peut donner une indication sur la hauteur de l’impact. La position de la main et du poignet par rapport à la balle (dessous, derrière) en donnera également.
  • Placement J = Placement Joueur
    Une fois que le gardien de but sait se placer en fonction de ce qu’il voit ou simule mentalement, il peut commencer à développer un mode de jeu plus provocateur, en se plaçant de manière à inciter le tireur à chercher un impact précis.
  • Analyse vidéo – photo :
    Ce travail est à faire en complément des séances hebdomadaires. Il s’agit de visionner des matchs (ceux du gardien de but ou ceux d’un autre, peu importe le niveau) en faisant des arrêts sur image pour observer ce que fait le tireur (orientation de la course, de l’impulsion/suspension, du bras..), parier sur l’impact final du tir, et évaluer la cohérence de la parade proposée par le gardien au regard de l’évolution complète du duel. On est davantage sur l’analyse des comportements du tireur que de ceux du gardien, afin de travailler la lecture du jeu. Un exemple est présenté ici.

Ce travail peut aussi être fait à partir d’une photo, et sous deux angles : un point de vue proche de celui du gardien de but (le tireur est de face), et un point de vue proche de celui du tireur (le tireur est de dos). Il est important de le faire car cela permet de gagner du temps, d’acquérir l’apprentissage plus vite que si on travaillait la lecture du jeu à l’entraînement uniquement.


Sur cette première photo, on est placé du point de vue du gardien de but (puisqu’on voit le tireur de face) et on cherche à connaître les probabilités d’impact de tir que le tireur possède.
L’impulsion va sur la droite du gardien de but, la ligne d’épaule se désaxe (se casse, penche vers le bas) le ballon passe au-dessus de la tête, donc l’hypothèse du tir à droite se renforce. La main est derrière le ballon, voire légèrement dessous donc il est possible que le tir soit en haut à droite du gardien de but.

helvetia-balonmanoSur cette seconde photo, on adopte un point de vue proche de celui de la tireuse puisqu’on la voit de dos. La course et l’impulsion sont vers l’avant, ce qui ne donne pas d’indice particulier. La tireuse est droitière. Il y a une défenseur qui saute au contre. Vu la position des bras de cette défenseur, la seule possibilité de tir pour la tireuse est un tir au deuxième poteau pour éviter d’être contrée. Si on imagine la situation en nous positionnant à la place de la gardienne de but, on ne voit pas la position du bras de la tireuse puisque la défenseur le masque, mais au regard du positionnement défensif de ses bras, on ne peut qu’envisager un tir au second poteau, sur notre gauche.

Si le gardien de but analyse une vidéo d’un de ses propres matchs, il peut aussi identifier des stéréotypes de tirs chez ses adversaires, et ainsi, préparer le match retour. Effectivement, il peut remarquer qu’un tireur va très souvent tirer à un endroit précis du but, peu importent les circonstances. En écrivant cette remarque sur une feuille ou dans un carnet, il pourra la consulter et se remettre cet élément en mémoire avant d’entrer sur le terrain lors du match retour.

Pour en revenir à la planification, elle est avant tout logique. On ne peut pas demander à un gardien de but de deviner l’endroit précis du tir s’il n’est pas capable d’identifier le côté du tir. Il faut l’accompagner progressivement, en partant du global (qui est dangereux? De quel côté il va tirer ?) vers le spécifique (tir en haut ? Mi-hauteur ? Bas?), et coupler de manière systématique cet apprentissage à la prise d’information à celui du placement (du placement qui permet de réagir économiquement vers un placement provocateur).

L’apprentissage de la compréhension des situations (circulation de balle et duel) peut se faire lors de phases de jeu et n’implique aucun aménagement (matériel ou consignes) particulier. Cela laisse donc la possibilité à tout gardien de but de travailler en autonomie dans sa récolte d’indices comportementaux.

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